15.8.13

Peux-tu chercher le mot « morcilla » dans le dictionnaire?


C’est possible de voyager en Espagne en juillet et d’éviter les foules qui se massent au pied de la Sagrada familia. Dans la vallée de l’Èbre où le riz à paella est cultivé on est totalement à l’abri du tourisme. Le village de Tivenys et son agro-botiga est un bel exemple de village endormi qui n’a pas encore été ravagé par les boutiques souvenir. Les mardis et vendredis les fermiers du coin vendent leur production à la coopérative. Le local est décoré avec des outils qu’ils ont trouvés dans leur grenier. C’est pas le mythique marché de la Boqueria à Barcelone mais en juillet ce célèbre marché est envahi par des milliers de japonais qui prennent des photos. Tellement que j’ai trouvé plus agréable de marcher dans des villages déserts et trouver le bar tapas, la boucherie et la pâtisserie fréquentés uniquement par des vieilles espagnoles. À Tivenys la pâtisserie est fermée de 13h à 17h et la spécialité est une demi-lune poudrée de sucre fourrée à la courge. Excellent.
 

J’avais loué une maison caverne magnifique avec des murs blancs à la chaux et des puits de lumière qui miroitaient à toute heure du jour. Vous pouvez la voir ici. La propriétaire m’avait donné les instructions pour m’y rendre. Un kilomètre passé Tivenys, tournez à droite sous le grand olivier vers la vallée de mandariniers. Elle n’avait pas souligné que la route de terre était assortie d’un précipice de mille mètre sur le côté conducteur avec aucune rambarde. Trois virages en épingle du genre s’il y a une voiture qui arrive en sens inverse elle doit se jeter dans le vide sinon c’est toi qui y passe et on est arrivé devant la cova blanca. Une maison caverne c’est quand même un tas de roches donc il a quand même fallu ouvrir l’œil.  J’ai eu la paix parmi les oliviers. C’était la saison des pêches plates et sur le bord de la route dans le village de Benifallet je voulais en acheter quelques unes mais la dame m’a dit qu’elle les vendait seulement à la caisse. Pour 3 euros je n’ai pas refusé et j’ai ajouté un litre de son huile d’olive maison, un pot de miel et des olives. Sauf que j’ai laissé la caisse de pêches sur la terrasse toute la nuit. Le lendemain matin il ne restait plus que les noyaux. Un animal s’était fait un festin déchaîné. J’aurais vraiment voulu lui voir la face le nez dans nos pêches.

 
 
 
 

Les oliveraies autour étaient silencieuses, sèches et peuplées d’anciennes constructions en pierre abandonnées à explorer à perte de vue. Des puits, des maisons pour la saison des récoltes et du thym, romarin et de la sauge sauvages qui poussent partout comme de la mauvaise herbe. En toile de fond les cardo sierra, montagnes de chardons. Il y avait partout des petits buissons ardents parfaits pour faire des couronnes d’épines ou pour partir mon feu de bois. La maison récoltait son eau de pluie, avait un panneau solaire pour l’électricité et un four en pierre à l’extérieur pour cuisiner. J’ai fait une paella au lapin sur du bois d’olivier dans ce four. Le reste du temps j’achetais des plats préparés au magnifique marché de Tortosa qui date du 19e siècle : piquillos a la bacalao, bacalao pil pil. Un jour j’ai acheté des saucisses noires étiquetées « morcilla de arroz ». Rendu à la maison, une fois mon feu de bois parti je demande à G de chercher « morcilla » dans le dictionnaire français-espagnol. Je transpirais devant les braises. Il crie : « Boudin! » C’était du boudin au riz typique de la cuisine de montagne de la région. J’étais un peu terrorisée car ce n’est pas mon truc le boudin. J’entends encore mon père dire les mots : « blood pudding » et ça me fait frémir. Mais finalement le « morcilla de arroz » était excellent. J’en ai mangé deux soirs de suite.
 
 
 
Une semaine s’est écoulée et nous avons filé vers le sud à Tarifa dans une maison dans le parc national du détroit de Gibraltar. La maison était directement sur le bord de la mer avec une vue sur l’Afrique (Tanger). Un long sentier bordé de plages désertes nous permettait de marcher au village. Un soir alors que le soleil se couchait je suis arrivée au détour d’un roc et une dizaines de vaches de la ferme voisine dormaient sur la plage (video ici où vous entendez le levante). Une scène comme inventée par Salvador Dali. Notez le petit veau qui dors à sabots fermés sur la photo ci-haut. Dans cette maison (à voir ici) de la costa de la luz c’est une éolienne qui fournissait l’électricité. Le vent est très fort à Tarifa, le levante souffle de l’Est et nous obligeait à porter un pull le soir. Incroyable pour l’Espagne en juillet!