5.3.11

Une arrête de baleine

Cette semaine j’ai entendu du tonnerre pendant une tempête de neige. Il y eu une giboulée intense et pendant quelque minutes il neigeait des torchons comme disait mon grand-père. Hier j’ai appris qu’à Montréal, tout le monde a une histoire reliée à la tempête du siècle de 1971: trente personnes sont mortes en pelletant ou marchant dans la neige qui leur arrivait à la taille, mon oncle est resté pris trois jours à la caserne des pompiers et les gens naviguaient les rues en skidoo.
Cette semaine, j’ai aussi appris que tout le monde a déjà mangé à l’auberge Saint-Gabriel car c’est la première auberge d’Amérique du Nord ouverte en 1688. Quand même. J’y suis allée avec mes tantes et ma mère. Nous avons dégusté sur l’heure du lunch une magnifique rillette de saumon anethée dans un mini-pot Masson accompagnée d’une moutarde fouettée. Mes tantes ont choisi la tête fromagée avec un cœur de foie gras accompagnée d’une moutarde de violette. Pour le reste la morue et le mignon de bœuf aux pommes allumettes étaient réconfortants vu l’hiver qui se prolonge en mars. Le décor renouvelé de l’auberge est spectaculaire avec son os de baleine planté à l’entrée et ses multiples salles et bars où se côtoient taxidermie et pelleteries. L’ambiance est très « anciens canadiens ». On s'attend à voir le survenant entrer à tout moment.
Les deux feux de foyer qui crépitent dans le mur de pierre sont là pour nous faire entendre le murmure du passé. Nous étions à la très grande table communale au centre de la pièce qui doit accueillir une vingtaine de convives à la fois et on s’imagine bien comment les gens pouvaient s’y réunir il y a plus de 200 ans. En dessert nous avons choisi une panacotta à l’ananas grillé et des pots de chocolat. C’était très bon mais je ne sais pas pourquoi, j’ai trouvé cela un peu étrange de manger de l’ananas dans ce contexte. Il me semble que le restaurant de l’auberge Saint-Gabriel serait le lieu par excellence pour commencer à explorer notre propre cuisine nordique où évolueraient des ingrédients d’ici : panacotta aux jeunes pousses d’épinette, alcool de lichen, gâteau à l’argousier, carpaccio de bœuf musqué, tartare d’omble chevalier. Le décor, l’histoire, le lieu s’imposeraient parfaitement à ce genre de réflexion gastronomique. Mais j’imagine que c’est le travail d’une vie.

Enfin, voilà: Je pars pour Paris lundi ! Je vais essayer de documenter ce que je découvre presque tous les jours.

Auberge Saint-Gabriel
447 Saint-Gabriel, Montréal

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