9.3.11

L’homme aux tripes de Caen

À Paris il n’y a pas de neige en mars et les rosiers commencent à revivre sur les bords de la fenêtre de ma copine parisienne.

Les parisiens sont à mon avis tous sortis d’un roman épique. Le poids de leur littérature est peut-être si grand qu’ils ont naturellement été obligés d’évoluer dans ce sens et de peaufiner leur propre personnage. De la petite dame avec son panier à courses qui s’époumone aux éboueurs sénégalais qui ratissent les rues en survêtement toutes les conversations semblent dignes d’une bonne intrigue. À Paris on vit comme dans les livres.

Hier soir transie de sommeil après une nuit blanche sur un vol Air France, seule compagnie aérienne au monde à servir du champagne gratuit avec le repas, j’ai atterri au restaurant La Tour Montlhéry-Chez Denise rue des Prouvaires. Le restaurant est le seul à avoir survécu au démantèlement des anciennes Halles. Un monument historique avec nappes à carreaux rouges. Nous étions deux mais le restaurant est toujours bondé donc une note rapidement crayonnée sur la table indiquait qu’un homme seul avait une réservation et qu’il partagerait notre table. Intriguant. Nos choix se sont arrêtés sur la hure de porc, les rognons et la cervelle d’agneau. Je me sentais remplie d’aventures en ce premier soir à Paris. La hure est une tête fromagée de porc mangée avec des petits oignons marinés ainsi que des cornichons. Les rognons étaient pour mon adorable copine et j’ai mangé de la cervelle d’agneau au beurre citronné pour la première fois de ma vie. Est-ce un plat santé, est-ce que cela rend plus intelligent? J’en sais rien mais envers et contre tous, j’ai adoré. Les cervelles étaient très chaudes, légèrement croustillantes à l’extérieur, douces à l’intérieur et servies avec deux pommes de terre bouillies. Tous les plats chez Denise sont extrait d’un répertoire français traditionnel façon terroir. Il y avait de la brandade de morue auvergnate, du boudin blanc, des escargots en coquilles à extraire avec un instrument de torture qui ressemble à un frise-cil. Les tables sont collées, tout le monde est enthousiaste, le vin est servi à la ficelle et les convives commentent les assiettes de leur voisin. Comme nous l’avons fait de ho! et de ha! enthousiastes en voyant les énormes entrecôtes arriver sur la table des voisins de gauche des pseudo-bikers français portant manteaux à zips et foulards de pirates sur la tête.

Arrive l’homme qui allait partager notre table. On avait prédit un octogénaire veuf qu’on allait devoir nourrir à la cuillère. Mais non. C’était un jeune homme début trentaine en complet pressé sortant visiblement du bureau. Un habitué. Il commande les tripes de Caen, nous complimente sur nos choix et sur mon accent qu’il devine canadien, nous dit qu’il va prendre de la hure la prochaine fois comme nous. Les tripes arrivent sur la table dans une grande casserole en cuivre. Il les aspire en 30 minutes ou moins et repars aussitôt le regard ému de tant de délices après nous avoir dit qu’il regrettait de ne pas nous avoir fait goûter. Partager une table est une chose très intime finalement. Si j’habitais Paris vous me trouveriez souvent à la Tour Montlhéry-Chez Denise. L’endroit représente bien pourquoi la gastronomie française est classée par l’Unesco au patrimoine culturel de l’humanité.

Tour Montlhéry-Chez Denise
5 rue des Prouvaires
Paris, France


Posted by Picasa

1 commentaire:

Anonyme a dit…

congratulations for trying the lambs brains!