24.3.11

Laurent Dubois meilleur ouvrier de France

Merci Mathieu de m’avoir fait découvrir Laurent Dubois, fromager affineur meilleur ouvrier de France. C’était la fête d’une amie parisienne cette semaine j’ai acheté 35 euros de fromage pour l’occasion. Une étrange petite pyramide rouge au piment d’Espelette un peu distrayante.
Une tome des montagnes à la croute terreuse et au goût fruité qui tire les larmes des yeux tant elle est bonne. Elle procure même des hallucinations de pâturages et de bergeries dans les Pyrénées.
Une vieille mimolette orange vif à la peau crayeuse que l’on mange en copeaux. Un fromage sphérique et aux notes hollandaises coloré par le fruit de l'arbre dit "rouge à lèvres". Ce n'est pas mon fromage favori au monde mais ma copine adore. Et c'était sa fête donc tout est parfait.
Un trèfle du perche, un chèvre noirci à la cendre, savoureux. Un Saint-Nicolas du monastère orthodoxe de Saint-Nicolas avec un brin de thym en forme de croix qui parfume le fromage d’une douceur herbée. On a l’impression que la chèvre qui a procuré le lait a certainement brouté du thym toute sa vie avant de produire ce fromage.
Fromagerie Laurent Dubois
47 Ter Boulevard Saint-Germain
75005 Paris

22.3.11

Kill all artists

J’ai encore le cochon à la broche du marché d’Aligre en travers de la gorge. Comme un regret. Il me semble que j’aurais quand même pu m’en faire trancher deux morceaux dans un papier à boucher.

Mais non, j’ai fait preuve de retenue et j’ai pris des photos des étals de légumes et fruits. Aligre est un marché populaire dans un quartier de Paris qui n’est pas encore boboïsé.

À mon avis si le tout Paris n’est pas encore boboïsé en 2011 c’est un miracle. Accourrez ceux qui rêvent d’un appartement à Paris il a encore de la place pour vous.

Les fraises ne sont pas cher, les melons charentais du Maroc sont à bon prix, les cafés PMU sont sordides à souhait, les artistes habitent encore des immeubles désaffectés.




Et au tournant d'une rue une échoppe qui vend des t-shirts avec l'insigne: Kill all artists.
Posted by Picasa

20.3.11

Un japonais à Paris

Le contraste entre les vagues noires comme venues de l’enfer qui déferlent à 800 km heure sur le Japon et les japonaises que je vois déferler dans les rues du Marais à Paris en talons, micro-manteau de cuir à zip The Kooples, robe en dentelle tissée de têtes-de-mort et mille paquets rose fluo sous le bras est incomparable. Comme l’écrivait si bien Dante dans son livre sur l’enfer : « Et puis nous sortirons pour revoir enfin les étoiles. »
C’est très 2007 mais je rêve depuis longtemps d’un japonais à Paris. Son nom est Sadaharu Aoki il est pâtissier émérite et réinvente la pâtisserie traditionnelle française avec des arômes de son pays natal.

Ses tartes au citron Yuzu, éclairs au thé matcha ou au sésame, mille feuilles au thé sont de petites œuvres d’art.
Le service dans sa petite échoppe de la rue Vaugirard est tout à la mode de la courtoisie, l’abnégation et l’humilité à la japonaise. Une culture à l’opposé de l’arrogance du spleen parisien. À mon avis, vous n'avez pas le droit d'être mélancolique à Paris.

Sadaharu Aoki
35 Rue de Vaugirard, Paris

17.3.11

Mesdames, vous mangez comme des hommes

J’ai l’impression que le temps est accéléré, multiplié par trois ici à Paris. Hier j’ai visité le magasin de design MERCI sur l’avenue Beaumarchais. C’est réellement un endroit unique avec des tables en bois flotté, des porcelaines fait main en Italie, des verres soufflés artisanalement et des nappes indigo que l’on peut porter autant en sarong qu’en foulard et qui remettent le tie-dye au goût du jour.


Le soir au Bistrot d’à côté dans le 14e j’ai bu un Beaujolais appellation fleurie contrôlée. Le parfum rappelle un après-midi d’été allongé dans une clairière odorante. Frais et léger. J’adore le Beaujolais, voilà, ce n’est pas très tendance mais c’est dit. En amuse bouche nous avons eu un petit pot de cervelle de canuts. Les canuts sont les tisserands de la soie, des ouvriers qui ne pouvaient pas se payer des abats donc ils concoctaient une cervelle artificielle à partir d’un fromage frais aux herbes à tartiner. Ensuite mon amie a choisi la salade d’œufs meurette et pied de porc, mirobolant et moi le museau vinaigrette et petits cornichons. Ensuite, je ne sais pas si nous étions fiévreuses mais notre jugement devait être un peu contaminé par la fatigue accumulée des derniers jours. Elle a choisi le bifteck à la moelle et moi l’entrecôte à la fourme d’Anvers. Le serveur en déposant nos assiettes devant nous a dit : « Pour les femmes qui mangent comme des hommes. » Touché. Cette entrecôte est la plus grosse pièce de viande qu’il m’a jamais été donné à manger. Je plaide l’innocence, je ne m’attendais pas à une si grosse côte! J’avoue rarement me sentir vraiment coupable mais là, j’ai eu un petit pincement au cœur. Je pense qu’aujourd’hui je vais me contenter de boire de la tisane.


Merci
111 rue Beaumarchais
Paris, France
75004


Au bistrot d’à côté
18 rue Lalande
Paris France
75014


16.3.11

Paris sans manteau et sans bottes

Journée de printemps excellente à Paris. J’ai même pris un bouquet de jacinthes odorantes pour prolonger le printemps dans la maison. Dans la vitrine d’un traiteur italien (Little Italy Trattoria) il y avait des roulades de bresola au fromage frais et roquette comme je les fais parfois pour les cocktails.
Avec quelques calamars grillés, une foccacia à la roquette et du crémant du Juras c’était parfait pour l’apéritif avec un ami de passage à Paris que je connais depuis l’âge de 13 ans.
Posted by Picasa

13.3.11

10 mini canapés de Lenôtre

Promenade du dimanche sur l’île Saint-Louis, les tuileries par les quais de la Seine où des nuages de monoxyde de carbone ourlent les ponts. Paris est magnifique. Le trait de caractère le plus commun des parisiens est qu’ils adorent se plaindre. C’est incompréhensible pour nous les Nord- Américains. C’est si beau chez eux même si le ciel est toujours un peu voilé. J’ai tenté de terminer la lecture d’un livre assise tranquille dans la Cour Carrée adjacente au palais du Louvre. Je remarque année après année que c’est une chose impossible pour une femme seule de lire en public, il y a toujours un jeune homme pour te repérer et venir te parler.
En rentrant dans le Marais bondé de promeneurs, de groupes de musique traditionnelle juive et d’enfants qui jouent au ballon je me suis arrêtée devant la vitrine de Lenôtre rue Saint-Antoine. Erreur. Je n’ai pas su résister aux sublimes canapés. Pomme au boudin blanc, brochette de légumes aux parfums de la riviera, cornettos de risotto croustillant, brochette de pétoncles ceviche, briochette de trompettes de la mort et mini navette de foi gras au Banyuls.
Autre chose avec cela madame? Deux crêpes suzettes à l’orange. La réglette de macarons au caramel et fleur de sel sera pour une autre fois…

12.3.11

Le marché des enfants rouges en mode hangover

Lové dans une alcôve du marais au 39 rue de Bretagne le Marché des enfants rouges est érigé sur le site d’un orphelinat fondé par Marguerite de Navarre en 1628 où les enfants portaient un costume rouge. Aujourd’hui le marché regorge d’oliviers, de tulipes et d’une multitude d’échoppes où se restaurer.
Un petit bulldog avait les pattes dressées sur le comptoir et se faisait nourrir par la bouchère (ci-haut). Si je le pouvais j’irais y manger tous les jours pour le restant de mon séjour à Paris. Taverne japonaise, restaurant libanais, traiteur italien. Le rêve.



À l’Estaminet du marché j’ai eu la chance de goûter une caillette ardéchoise avec une magnifique moutarde de moult de raisin. La moutarde était pourpre et granuleuse, un délice que mes amis ont tartiné sur du pain. J’ai failli mettre le pot en grès dans ma sacoche, mais voilà, j’étais avec des gens distingués en hangover et non pas avec ma bande de criminels habituelle. La caillette est un petit pain de viande de porc effiloché très herbacé. Succulent.


Je n’ai pas pu résister et j’ai commandé du couscous de sardines pour emporter et une pastilla au poulet chez le traiteur marocain. C’était trop pour moi. Je ne pouvais pas quitter ce lieu sans un magnifique souvenir.

Le Marché des Enfants Rouges
39 rue de Bretagne
75003 Paris

11.3.11

Je bois du café dans une tasse en forme de cœur.

Avec un toast de pain Poilâne au raisin, du melon charentais et des gariguettes. De la fenêtre de mon appartement du marais j’ai vu passer Thierry Ardisson deux fois en deux jours. Depuis plusieurs années déjà je voyage en louant des appartements auprès de particuliers et c’est premièrement toujours au moins 50% moins cher que l’hôtel et ça nous donne l’impression d’être de vrais parisiens, croates, grecs etc. Les propriétaires laissent parfois des anémones dans des vases sur la table à café mais l’impression d’être chez soi dans un autre pays est inclassable et dépaysant. Déjà je sens que je tisse une relation avec le fromager du faubourg Saint-Antoine et la vendeuse au BHV où j'achetais des coteaux d'office Lagiole en nacre rose m’a dit que sa sœur avait passé la serpillère avec une magnifique serviette en jacquard français qu’elle lui a donné pour sa fête. Avec elle c'est comme donenr de la confiture aux cochons a-t-elle répliqué devant mon insistance que c'était impossible.

Mon appartement est miniature comme je les aiment. Il y a un lit qui sort du mur et est presque en face du musée Carnavalet. je ne sais aps pourquoi mais il y a une toile style pop-art de Jacky O!
Avant-hier j’ai mangé les meilleurs harengs fumés de ma vie à l’Éléphant du Nil un resto qui ne paye pas de mine métro Saint-Paul, le verre de sauvignon blanc excellent était 1,30 Euros. J’ai bu un moins bon sauvignon sur la rue McGill dernièrement à 14$ le verre.
Pour le reste hier j’ai mangé de l’andouillette, un plat longtemps presque interdit par la loi car il était fait avec des restes peu digestes. Hier j'ai tellement aimé que j'ai eu envie de m'inscire à l'Association amicale des amateurs d’andouillettes authentiques. Only in Paris.
Posted by Picasa

9.3.11

L’homme aux tripes de Caen

À Paris il n’y a pas de neige en mars et les rosiers commencent à revivre sur les bords de la fenêtre de ma copine parisienne.

Les parisiens sont à mon avis tous sortis d’un roman épique. Le poids de leur littérature est peut-être si grand qu’ils ont naturellement été obligés d’évoluer dans ce sens et de peaufiner leur propre personnage. De la petite dame avec son panier à courses qui s’époumone aux éboueurs sénégalais qui ratissent les rues en survêtement toutes les conversations semblent dignes d’une bonne intrigue. À Paris on vit comme dans les livres.

Hier soir transie de sommeil après une nuit blanche sur un vol Air France, seule compagnie aérienne au monde à servir du champagne gratuit avec le repas, j’ai atterri au restaurant La Tour Montlhéry-Chez Denise rue des Prouvaires. Le restaurant est le seul à avoir survécu au démantèlement des anciennes Halles. Un monument historique avec nappes à carreaux rouges. Nous étions deux mais le restaurant est toujours bondé donc une note rapidement crayonnée sur la table indiquait qu’un homme seul avait une réservation et qu’il partagerait notre table. Intriguant. Nos choix se sont arrêtés sur la hure de porc, les rognons et la cervelle d’agneau. Je me sentais remplie d’aventures en ce premier soir à Paris. La hure est une tête fromagée de porc mangée avec des petits oignons marinés ainsi que des cornichons. Les rognons étaient pour mon adorable copine et j’ai mangé de la cervelle d’agneau au beurre citronné pour la première fois de ma vie. Est-ce un plat santé, est-ce que cela rend plus intelligent? J’en sais rien mais envers et contre tous, j’ai adoré. Les cervelles étaient très chaudes, légèrement croustillantes à l’extérieur, douces à l’intérieur et servies avec deux pommes de terre bouillies. Tous les plats chez Denise sont extrait d’un répertoire français traditionnel façon terroir. Il y avait de la brandade de morue auvergnate, du boudin blanc, des escargots en coquilles à extraire avec un instrument de torture qui ressemble à un frise-cil. Les tables sont collées, tout le monde est enthousiaste, le vin est servi à la ficelle et les convives commentent les assiettes de leur voisin. Comme nous l’avons fait de ho! et de ha! enthousiastes en voyant les énormes entrecôtes arriver sur la table des voisins de gauche des pseudo-bikers français portant manteaux à zips et foulards de pirates sur la tête.

Arrive l’homme qui allait partager notre table. On avait prédit un octogénaire veuf qu’on allait devoir nourrir à la cuillère. Mais non. C’était un jeune homme début trentaine en complet pressé sortant visiblement du bureau. Un habitué. Il commande les tripes de Caen, nous complimente sur nos choix et sur mon accent qu’il devine canadien, nous dit qu’il va prendre de la hure la prochaine fois comme nous. Les tripes arrivent sur la table dans une grande casserole en cuivre. Il les aspire en 30 minutes ou moins et repars aussitôt le regard ému de tant de délices après nous avoir dit qu’il regrettait de ne pas nous avoir fait goûter. Partager une table est une chose très intime finalement. Si j’habitais Paris vous me trouveriez souvent à la Tour Montlhéry-Chez Denise. L’endroit représente bien pourquoi la gastronomie française est classée par l’Unesco au patrimoine culturel de l’humanité.

Tour Montlhéry-Chez Denise
5 rue des Prouvaires
Paris, France


Posted by Picasa

5.3.11

Une arrête de baleine

Cette semaine j’ai entendu du tonnerre pendant une tempête de neige. Il y eu une giboulée intense et pendant quelque minutes il neigeait des torchons comme disait mon grand-père. Hier j’ai appris qu’à Montréal, tout le monde a une histoire reliée à la tempête du siècle de 1971: trente personnes sont mortes en pelletant ou marchant dans la neige qui leur arrivait à la taille, mon oncle est resté pris trois jours à la caserne des pompiers et les gens naviguaient les rues en skidoo.
Cette semaine, j’ai aussi appris que tout le monde a déjà mangé à l’auberge Saint-Gabriel car c’est la première auberge d’Amérique du Nord ouverte en 1688. Quand même. J’y suis allée avec mes tantes et ma mère. Nous avons dégusté sur l’heure du lunch une magnifique rillette de saumon anethée dans un mini-pot Masson accompagnée d’une moutarde fouettée. Mes tantes ont choisi la tête fromagée avec un cœur de foie gras accompagnée d’une moutarde de violette. Pour le reste la morue et le mignon de bœuf aux pommes allumettes étaient réconfortants vu l’hiver qui se prolonge en mars. Le décor renouvelé de l’auberge est spectaculaire avec son os de baleine planté à l’entrée et ses multiples salles et bars où se côtoient taxidermie et pelleteries. L’ambiance est très « anciens canadiens ». On s'attend à voir le survenant entrer à tout moment.
Les deux feux de foyer qui crépitent dans le mur de pierre sont là pour nous faire entendre le murmure du passé. Nous étions à la très grande table communale au centre de la pièce qui doit accueillir une vingtaine de convives à la fois et on s’imagine bien comment les gens pouvaient s’y réunir il y a plus de 200 ans. En dessert nous avons choisi une panacotta à l’ananas grillé et des pots de chocolat. C’était très bon mais je ne sais pas pourquoi, j’ai trouvé cela un peu étrange de manger de l’ananas dans ce contexte. Il me semble que le restaurant de l’auberge Saint-Gabriel serait le lieu par excellence pour commencer à explorer notre propre cuisine nordique où évolueraient des ingrédients d’ici : panacotta aux jeunes pousses d’épinette, alcool de lichen, gâteau à l’argousier, carpaccio de bœuf musqué, tartare d’omble chevalier. Le décor, l’histoire, le lieu s’imposeraient parfaitement à ce genre de réflexion gastronomique. Mais j’imagine que c’est le travail d’une vie.

Enfin, voilà: Je pars pour Paris lundi ! Je vais essayer de documenter ce que je découvre presque tous les jours.

Auberge Saint-Gabriel
447 Saint-Gabriel, Montréal