27.11.10

Première neige

J'ai pensé : C’est le dernier week-end pour faire un petite randonnée avant que l’hiver nous happe. Donc vendredi soir on s’arrête au motel Au rond-point à Orford dans le but de parcourir le lendemain le sentier des crêtes avant sa fermeture. Comme apéritif vendredi avant la tombée du jour on a escaladé le pic du corbeau juste à coté du motel. Une chose de faite. Ensuite on a mangé de la pizza au bacon à la pizzeria Orford à Magog. La rumeur dit que l’écrivain Michèle Plomer a habité pendant un an au dessus de cette institution magogoise où certaines serveuses sont employées depuis 30 ans. J’ai bu du cidre du domaine Pinnacle. J’avais très hâte au matin. Au réveil, surprise! une tempête s’abattait sur la région. G ronchonnait qu’il ne voulait pas affronter le mont Orford dans ces conditions : purée de pois, verglas, neige et ce malgré la nouvelle toque aviateur que je lui avait procuré la veille au Rossy de Magog pour 7.98$. Cet homme ne porte jamais de tuque ou de mitaines par pure vanité. On s’est donc rabattu sur le marais de la rivière aux cerises où on a fait une petite ballade. Dans la neige on a vu les pistes d’un lynx et de chevreuils et dans un arbre un pic bois bedonnant, prêt pour l’hiver.
À notre retour sur la 10 j’ai compté au moins 6 sorties de route et le brouillard et le verglas sont descendus sur nous et tout le monde s’est mis à avancer à10km l’heure avec les flasher allumés. Arrivé en ville il faisait un beau soleil.
C’est un peu triste de penser que les escapades du weekend prennent fin. Il y a deux ou trois semaines dans le tournant d’une route qui arrive à Franklin je me suis arrêtée pour acheter un sac brun d’épicerie rempli de pommes pour 5$ chez un vieil homme qui vendait quelques trucs sur le bord de la route et j’ai également été enchantée par ce pot de miel noir avec l’inscription « fleurs de sarrasin » écrit à la main sur un bout se scotch tape en guise d’étiquette. Ce miel fort, ou miel de blé est emblématique du terroir breton. Je le garde sur ma table dans l’attente du retour du temps plus clément.

20.11.10

Schwarzwälder Kirschtorte

L’hôtel de ville de Mont-Royal était le lieu d’un marché de Noël allemand la semaine dernière. Des dames tricotaient des bérets rouges, des bas jaunes, des vestes à motifs équestres et les vendaient pour un rien. Incroyable mais vrai j’ai pu y dénicher la dernière pointe d’un gâteau forêt noire maison fait à partir d’une recette familiale avec des cerises marinées au kirsch. Le rêve.
Il y avait aussi la meilleure choucroute au monde, ambrée et profonde servie avec des saucisses allemandes. C’est comme si c’était noël tous les jours finalement.

7.11.10

Bazar du club Edelweiss des femmes suisses à Dorval

Un énorme avion Air Transat amorçait sa descente au dessus de nos têtes quand nous sommes arrivés au bazar suisse de Dorval. Des dames d’un certain âge sortaient du local de l’association avec des paniers qui débordaient de Zopft, un pain brioché que les zurichois aiment tremper dans leur café au déjeuner le dimanche. Le bazar suisse était très convivial, les gens étaient attablés en groupes de 12 et mangeaient de la choucroute maison. Je n’ai pas su résister au Dreikönigskuchen, un gâteau habituellement servi le jour de l’épiphanie. Celui que j’ai préféré était en forme de cœur et rempli de massepain. Des dames habillées en costume traditionnel (tablier blanc sur robe marine et bretelles rouges) vendaient de la gelée de sureau, de pommettes sauvages ou de groseilles. Il y avait aussi des Apfelküchlein, des beignets aux pommes chauds, dorés et sucrés.

Les madames de Westmount vendent leur vaisselle

L’église St. Andrews and St. Paul qui partage un flanc avec le Musée des Beaux arts est le lieu d’un bazar annuel où l’on trouve les trésors de grenier des dames qui habitent Westmount. J’ai pu y trouver deux coupes de champagne pour 2.50$ afin de boire ma Clairette-de-Die. La légende raconte que la première coupe à champagne a été moulée sur le sein de Marie-Antoinette, mais c’est seulement un ragot inventé pour nourrir son image décadente. J’ai pu également dénicher une belle assiette en porcelaine de Limoges (3.50$) et j’ai failli flancher pour deux tasses anglaises pour le thé. Mais elles étaient 7.50$ pour la paire. Quand j’ai tourné les talons la dame a haussé le ton et dit : « Mais elles viennent de chez Birks madame. » Cela m’a fait sourire.

Bazar danois de l’église luthérienne Saint-Ansgar à NDG

Les danoises sont corpulentes et blondes. Elles semblent prêtes à partir en mer avec leurs conserves de hareng. Au bazar danois de NDG tout un buffet était installé le long de la salle avec des « sandwich ouverts ». Ce sont des tartines de fromage coiffées de poisson fumé et d’aneth, c’est très coloré. Les rondelles de concombres, les saumons rosés, les oignons rouges formaient une énorme mosaïque sur des carrés de pain noir. Les dames mangeaient du gâteau aux graines de pavot. J’ai trouvé deux assiettes bucoliques « Made in Copenhagen » une paire provenant d’une collection pour la fête des mères. J’ai choisi 1971 (un bébé cheval qui tète une jument) et 1972 (une maman en costume traditionnel). Une dame vendait de la relish aux zucchini et des poissons marinés dans des pots Mason. Brrr. Une autre, de longues danoises aux amandes qui devaient faire au moins un mètre de long. Je viens d'en manger un morceau ce matin pour le petit-déjeuner. Incroyable. C'est comme avoir une grand-mère qui vient de vous cuisiner une brioche remplie de pommes et d'amandes. Fulgurant.

1.11.10

Anglomanie

J’ai été élevée sur les bâtonnets de poisson congelés Highliner. Je crois avoir mangé de ces faux fish and chips un midi sur deux lorsque j’étais à l’école primaire. Voilà que vient d’ouvrir une échoppe de fish and chips à deux pas de chez moi sur la rue McGill. Mais je suis triste car elle remplace le flamboyant bouiboui Hot dog McGill et son enseigne qui était un chef d’œuvre d’art de style pataterie peinte à la main et tout. J’espère qu’ils ont pas vidangé cette enseigne car c’était du pop art. Hot Dog McGill était une légende dans le coin, une entreprise familiale. C’est étrange de voir mon quartier se transformer. Le cœur fendu j’ai quand même essayé les poissons frits du nouveau resto Brit and chips car c’est irrésistible un soir d’automne quand il fait noir trop tôt et il pleut des cordes. J’ai quand même passé devant au moins cent fois avant de fléchir. Les serveurs portent du tweed, des nœuds papillons et des casquettes de camelots anglais. Chez Brit and chips il est possible de choisir du merlu dans une panure d’Orange Crush, du saumon dans une panure herbacée à la Guinness, de l’aiglefin dans une panure de sirop d’érable et le poisson officiel, la morue frite dans de la bière. Le plus répandu à Londres. La morue était d’une blancheur mirobolante et d’une délicatesse inespérée. La panure était croustillante et les frites n’ont pas d’égal ici à Montréal. Elles donnent l’impression d’être coupées à la main dans des vraies patates. Le tout est servi dans un papier journal. Un plat à 11.00$ se partage facilement à deux.

Il y a toujours un degré d’excitation quand on décide de s’octroyer autant de friture. L’euphorie provoquée est vite noyée par la tristesse dans laquelle s’engonce l’esprit après avoir absorbé autant de gras. Baisse de pression, rétention d’eau, désespoir. Le corps se venge toujours de s’être fait malmener. Mais pourquoi en redemande-t-il toujours? Les autres items sur le menu sont si invitants : crevettes popcorn tandoori, accras de morue, fish cakes au curry. Soupir.

Brit and Chips
433 Rue McGill
Montréal