18.10.10

Le douanier de Noyan

Au début de l’été j’ai fait un test : un mois sans aller au supermarché. Et je dois dire que sauf deux exceptions je n’y suis pas retournée depuis. J’ai fait toutes mes courses directement chez les producteurs. En ce moment j’ai une pintade, des hamburgers de cerf et des jarrets de chevreau dans mon congélateur. J’ai une citrouille blanche sur la table de cuisine et une énorme courge spaghetti pleine de verrues sur le bord de ma fenêtre.

J’ai visité beaucoup trop de fromageries pendant cette épopée. Hier, je suis passée par Clarenceville, un de mes petits villages perdus préférés au Québec. Il y a d’anciennes demeures anglaises en brique, un bar de danseuses, deux églises protestantes et un antiquaire. Le lac Champlain est à proximité et surtout la fromagerie Fritz Kaiser sur le rang de la 4e Concession tout près à Noyan. C’est un fermier près de Franklin qui m’a parlé de la place mais la première fois que je suis passée par Noyan je n’ai pas trouvé la fromagerie perdue dans les terres agricoles qui adossent la douane. Tu es en plein nomansland et hop! soudain vingt voitures stationnées chez Fritz Kaiser. Il faut même prendre un numéro pour être servi au plus beau comptoir à fromage que j’ai visité cette année. Mais d’où viennent tous ces gens? On s’est cogné le nez sur la frontière deux fois devant rebrousser chemin et de trouver l’endroit. À l’intérieur je me pinçais. Le Noyan vieilli est tellement beau à voir avec sa croute rouge maculée de penicillium. La tome du haut-richelieu est douce et pâle, sa croute est arrondie comme le dos d’un chameau. La roubine de Noyan est un fromage de type reblochon tendre. Le douanier est un fromage de type morbier traversé d’une veine bleue. Sublime.
À Sabrevois la ferme Reid propose des légumes mais surtout des tartes maisons dont celle aux bleuets qui était chaude quand je suis passée par-là. Ils ont aussi des gâteaux aux zuccini et d’autres à la citrouille. Derrière l’étal plusieurs variétés de poules gambadent dans l’enclos dont deux poules très exotiques avec le bec en fer à cheval.
Nous avons fait un crochet vers Rougemont pour visiter la cidrerie Michel Jodoin qui existe depuis 1901. L’endroit est à couper le souffle. La cidrerie est à flanc d’une montagne embrasée d’érables jaunes. Ils y fabriquent un cidre rosé à partir de pommes Geneva, seule pomme à chair rouge au Canada. Ils possèdent un alambic donc ils fabriquent de l’ambre de pomme, une eau de vie de pommes dorlotée par le maître de chais pendant au moins 18 mois.

Ferme Reid
485 route 133
Sabrevois, P.Q

Fritz Kaiser
459 4 Concession
Noyan, QC J0J 1B0

Cidrerie Michel Jodoin
1130 Petite Caroline
Rougemont (Québec)
Canada J0L 1M0

4.10.10

La piste cyclable du P'tit Train du Nord

Je suis montée en vélo avec mon frère à notre cabane en bois rond dans les Laurentides. Ça faisait longtemps qu’on en parlait lui et moi. En 1876 le P’tit train du nord embarquait les dames en robes cousues main et leurs maris en chemises empesées d’empois à Saint-Jérôme pour les déposer à Mont-Laurier le temps d’une fin de semaine. Il était si populaire que l’hiver des trains de neige étaient ajoutés aux trains de marchandises pour accommoder les touristes. Mais à la fin des années 1940 avec l’apparition de l’automobile et de la maléfique route 15 le train a perdu du galon et la ligne a été abandonnée en 1981. Ce qui reste du chemin de fer oublié du CP a été aménagé en piste cyclable qui est devenue le plus long parc linéaire au Canada. Le kilomètre zéro se trouve à Saint-Jérôme mais nous avons débuté notre périple sur la route verte à travers les érables iridescents aux feuilles rouge-sang de l’ancien fief GM, Sainte-Thérèse, pour ensuite traverser les champs de blé d’inde secs de Mirabel avec leurs granges penchées.
Nous avons fait 65km le premier jour jusqu’à Sainte-Marguerite. Dans mon sac à dos je décongelais une bavette de bison de la Terre des bisons de Rawdon et des saucisses du Comptoir du cerf de Sainte-Élisabeth. À Saint-Jérôme je me suis procurée une petite tresse d’ail au marché de la gare de la ferme Lady D'ail comme souvenir de notre voyage. J’ai donc piqué des petites gousses dans la viande avant de cuire la bavette sur un feu de braises qu’avait allumé mon frère. Je m'étais procurée cette bavette début septembre directement à la ferme et elle était tellement belle que j’en avais mangé la moitié en tartare avec G le soir même et j’avais congelé le reste.
Au retour on était un peu moins vertueux car la piste longe entre autres le marché aux puces de Prévost, royaume absolu du kitsch que je visiterai certainement de nouveau sous peu. On n’a pas pu résister aux chips maison et au pain aux pommes mais il y a par temps plus clément de la « limonade pressée devant vous » et des « beignes frits dans l’huile de riz » si ça existe.
Mon frère s’est acheté un hoodie Wu-Tang qu’il a férocement négocié. On a pédalé 80 km avant de s’endormir littéralement sur nos vélos et de rentrer à la maison comme par miracle. La prochaine fois j’achète un cuissard rembourré et un siège de vélo en forme de sofa. Préférablement en velours rose.