12.4.08

Alexandra I l’Italienne + Alexandra II la Parisienne

J’ai mangé chez Madre sur Masson avec mon amie Alexandra vendredi soir. Elle a un petit bébé d’un an et elle mange un sac de whippets par semaine depuis sa naissance. Malgré ce nouveau fétichisme pour les guimauves fourées à la confiture, elle a une taille fine et enviable. Alexandra est italienne et lorsqu’elle prépare les repas à la maison elle fait sentir des feuilles de basilic et des graines de cumin à son petit bébé pour éveiller ses sens. Un fin gourmet en devenir. Il a même mangé avec nous un scone au gingembre confit chez Olive et Gourmando cette semaine.

Le quartier où se situe Madre, le Bas-Rosemont et sa rue Masson ont toujours été synonymes de boutiques de fringues pour danseuses, de ventes de trottoir sur l’asphalte brulant et l’église du Saint-Esprit. Maintenant la rue Masson est devenue adulte, les sœurs y ont installé une belle librairie avec café et la rue est devenue en soi un incubateur pour les jeunes chefs propriétaires. C’est un endroit où tout est possible car les loyers sont encore abordables et les chefs y ont emménagé de mini restaurants de moins de 30 places, une nouvelle tendance qui assure de tourner à pleine capacité chaque soir.

Nous avons donc commencé la soirée avec un apéritif au Pisco Sour, une sorte de margarita amer limé et verdoyant avec une mousse de blanc d’œuf au sucre. Rien de mieux pour se délasser et commencer un week-end.
En entrée, un ceviche de poisson cuit au jus de lime était certainement le plat le plus réussit de la soirée. Rehaussé de grains de maïs craquants et d’une sauce huancaina faite de fameux piment amarillo, un piment jaune péruvien lié de fromage frais fermier. Les grains de maïs frits provoquaient l’étonnement par leur texture comme les grains non éclatés dans le fond du bol de pop corn, savoureux. Le ceviche est une invention typiquement péruvienne et provient d’une des dix cuisines les plus riches et variées au monde selon The Economist. Mon entrée était composée de deux croquettes de poissons à la semoule de maïs, d’une salade de concombres et tomates en mini-dés et d’une purée de panais, un légume racine souvent négligé qui ressemble à une carotte blanche mais qui a un goût de noisette. Le panier de pain de chez Madre est mortel : de légers muffins de maïs et leur sauce à l’ail (mojo) sont délicieux aériens et chauds.

Ensuite, notre première bouteille de vin, un Leyda pinot noir du Chile étant déjà terminée nous sommes passées aux choses sérieuses. Les pétoncles noircies dans une nappe de pesto au basilic et leur carotte délicatement marinée étaient opalescents à l’intérieur et parfaitement charnus. Alexandra, excitée par l’alcool et sa liberté d’un soir enfin retrouvée a porté son asperge en moustache. Elle doit déjà ne plus s’en souvenir. Le poisson du jour était le saumon, c’était la première fois que je mangeais la peau d’un poisson tellement elle était dorée et croustillante, il barbotait dans un bouillon piquant aux notes d’oranges.

En dessert, le pouding au pain, très maman actuelle avec sa quenelle de crème glacée dulce de leche coiffée de noix pralinées était tout le contraire de celui qu’on retrouvait dans les cafétérias de nos écoles secondaires sous la lampe chaude. Nous avons poussé l’extravagance en complétant d’un gâteau à la cannelle couronné d’une quenelle de sorbet à l’avocat et nageant dans trois laits : condensé, évaporé et de coco.

Madre donne envie de vivre sur la rue Masson. La seule raison pour laquelle je ne déménage pas demain dans ce Bas-Rosemont est que j’ai trop peur du buffet Casa Corfu, de ses brunchs du dimanche avec bacon-brioches-œufs brouillés-sushis à volonté qui me feraient prendre 10 livres en un seul mois.
En rentrant à pieds chez moi, j’ai été un peu confuse de voir que l’ancien Air du temps-Java U- sur Saint-François Xavier est devenu une disco pulsante où les adolescents débordent dans la rue et crient yehhhhhhhhh à plein poumon. Une chance que je n’ai pas pris le loft du dessus qui appartenait à ce charmant photographe comme j’avais pensé le faire l’an passé.

À la maison, j’ai trouvé une boîte de Saint-Hubert BBQ dans la poubelle…Quand le chat est parti, les souris dansent.

Restaurant Madre : 2931 rue Masson.

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